Discours de M. François Hollande au Louvre Abou Dabi (3.12.2016)

Le président de la République, François Hollande, a prononcé un discours au Louvre Abou Dabi à l’occasion de sa participation à la Conférence internationale sur la protection du patrimoine culturel en péril.

La vidéo du discours au Louvre Abou Dabi :


Discours au Louvre Abou Dabi par elysee

Retrouvez l’intégralité du discours du Président :

Emirats Arabes Unis, Abou Dabi – Samedi 3 décembre 2016

Altesse,

Mesdames et Messieurs les ministres,

Mesdames Messieurs les architectes et organisateurs qui ont permis que la France et les Émirats réussissent une œuvre exceptionnelle car c’est ici un lieu et un équipement uniques,

Deux pays, la France et les Émirats, ont pu dès 2007 avoir cette ambition de créer, de porter un musée à vocation universelle, qui puisse être installé ici à Abou Dabi, avec la vocation que le Louvre porte depuis sa création, offrir au monde les œuvres majeures de l’Humanité.

Nous avons voulu qu’il y ait, à l’occasion de cette visite ici à Abou Dabi pour ce musée, un autre événement, qui est la protection du patrimoine. Parce que nous considérons qu’aujourd’hui il y a un conflit entre la civilisation, l’Humanité, et ce qu’elle représente, et la barbarie.

L’une veut construire, la civilisation, veut respecter l’Histoire et veut inventer l’avenir. Et puis il y a le fanatisme, l’obscurantisme, qui veulent anéantir toute trace de l’Histoire, et d’ailleurs, faire en sorte aussi qu’il n’y ait pas d’avenir.

Alors je reviens à ce musée, parce qu’il a cette ambition-là, de pouvoir, dans les circonstances que nous connaissons, dans la région où nous sommes, envoyer un message de dialogue, de paix, de compréhension et d’intelligence.

Je veux revenir à son histoire. C’était il y a 10 ans, le président Jacques CHIRAC avait voulu qu’il puisse y avoir, avec les Émirats, une œuvre commune, à travers cette idée qui paraissait bien intrépide que de vouloir créer un musée.

10 ans plus tard, nous sommes au point de l’inaugurer, même s’il reste encore quelques mois pour arriver à cette formalisation. Mais déjà l’œuvre est non seulement sous nos yeux, mais sur nous.

Je veux ici féliciter l’architecte Jean NOUVEL, qui a fait preuve de son talent une nouvelle fois, avec ce dôme très impressionnant, dont certains se demandent comment il est posé, s’il ne flotte pas, et s’il est à la fois un don du ciel ou un produit de la Terre. Il est aussi conçu pour laisser filtrer les lumières, et ces lumières donnent à l’œuvre des éclairages qui changent à chaque instant.

Je veux également dire que cette relation entre la France et les Emirats s’est construite au-delà même de ce bâtiment, par les œuvres qui vont y être accueillies. Il a fallu que Jean-Luc MARTINEZ, après Henri LOYRETTE, au nom du Louvre, puissent apporter non seulement leurs connaissances, mais un certain nombre de leurs œuvres exposées jusque-là au Louvre, ou gardées dans les réserves.

Il y a eu une politique d’acquisitions qui a été conduite sous l’autorité de Marc LADREIT DE LACHARRIERE, avec l’Agence France-Muséums. Et je sais que beaucoup de musées, les plus grands musées français, se sont associés à ce processus. Ce qui fait qu’ici, nous serons à la fois dans un lien très fort entre la France et les Émirats, mais surtout dans la construction d’un musée universel.

Il ne s’était pas dit qu’il n’y aurait pas là une œuvre unique. Parce qu’à chaque fois nous devons concevoir l’action pour qu’elle puisse être singulière, pour qu’elle puisse être identifiée à une œuvre humaine, pour qu’elle puisse être regardée comme ayant été portée par une ambition qui allait bien au-delà de l’action ou du mandat qui avait été confié.

Aujourd’hui nous sommes donc rassemblés, je veux remercier aussi la directrice de l’UNESCO, pour saluer cette construction, qui n’est pas encore accomplie, pour montrer que ce projet est un projet qui va bien au-delà de la région, mais qui est de la région, du Moyen-Orient. Les Emirats Arabes Unis peuvent être fiers d’avoir eu cette initiative. La France peut être honorée d’avoir été choisie comme partenaire.

La relation et l’amitié entre la France et les Émirats ne sont pas simplement liées à des considérations de sécurité, même si j’aurai l’occasion de confirmer l’étroitesse de notre solidarité, ce ne sont pas simplement des relations économiques, même si nous sommes des investisseurs dans nos pays respectifs ; non, la relation que nous avons, l’amitié entre la France et les Émirats, c’est de porter un message au monde entier.

Dans quelques heures il y aura cette conférence, que Jack LANG a préparée avec son homologue, Monsieur AL-MOUBARAK, cette conférence qui est faite pour protéger les œuvres du passé, le patrimoine. Non pas celui qui sera conservé ici, mais le patrimoine qui risque d’être menacé, détruit par la barbarie et le fanatisme.

Il fallait donc là aussi qu’il y ait une grande idée, un grand projet, une grande ambition, qui puisse porter pour de nombreuses années, c’est de vouloir créer des lieux de refuge pour les œuvres.

C’est une proposition que j’avais présentée au G7, au Japon, et que les pays les plus développés avaient acceptée, que Jean-Luc MARTINEZ, le président du Louvre, avait préparée sur la base d’un rapport va nous permettre maintenant de constituer un fonds, auquel bien sûr les Émirats et la France seront les premiers contributeurs. Ce fonds, avec les refuges que nous pourrons créer pour les œuvres, permettra à la fois de les sauver, de les réhabiliter et de les protéger, et peut-être un jour, ici, de les exposer.

Voilà comment, la volonté humaine est capable d’aller au-delà même de ce qui est concevable : un musée universel, rassembler des œuvres qui appartiennent à toutes les civilisations, toutes les cultures, car c’est bien de cela dont il s’agit, les placer ici au cœur du Moyen-Orient, ce Moyen-Orient si troublé, si bouleversé, et envoyer un message de paix, de tolérance, et aussi de protection.

Il faut protéger les personnes, c’est notre premier devoir, les populations civiles qui sont menacées par les guerres ou par le terrorisme. Mon action comme président de la République est d’abord une action de protection. Il faut protéger celles et ceux qui sont les plus fragiles, celles et ceux qui sont les plus menacés par les conflits ou par des risques climatiques.

En même temps que nous protégeons les personnes, nous devons protéger notre Histoire, nous devons protéger nos cultures, nous devons protéger nos civilisations, pour montrer d’ailleurs qu’elles n’en font qu’une, ces civilisations. Cette civilisation s’appelle tout simplement l’Humanité.

Merci.

publié le 07/12/2016

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