Résultats des fouilles réalisées en 2008

AKAB DANS L’EMIRAT D’UMM AL QUWAIN
(communication de V. Charpentier de l’ Inrap et S. Méry du CNRS)

Pour les géomorphologues, les climatologues et les préhistoriens, l’étude de la lagune d’Umm al-Quwain sert de référence à l’échelle du Golfe et sa mangrove, aujourd’hui réduite, est une des dernières qui soit sauvage aux E.A.U. (Fig. 1). Akab, Tell Abraq, ed Dur ou al-Madar - de nombreux sites archéologiques bordent cette vaste lagune qui comporte plusieurs îles. Celle d’Akab, aujourd’hui déserte, fait face à la ville d’Umm al-Quwain.

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Fig. 1 Carte de localisation du site. © Google.

Bordée de palétuviers (Avicenna marina), l’île d’Akab comporte dans sa partie sud-ouest une butte de sable éolien d’origine pléistocène, sur laquelle se sont implantées des populations néolithiques (Fig. 2). Une importante concentration d’ossements de dugong (Dugong dugon), un mammifère marin vivant dans les eaux du Golfe et de la Mer Rouge et pesant jusqu’à 300 kg, y avait été retrouvée à la fin des années 1980 par une équipe de l’ancienne Mission française d’Umm al-Quwain. Le site avait alors été testé, et fut interprété comme le plus ancien site de boucherie de dugongs au monde.

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Fig. 2 Vue aérienne de l’île d’Akab, face à la ville d’Umm al Quwain et fouille de l’habitat d’Akab en 2007. © T. Sagory/ Mission archéologique française aux E.A.U.

Dans le Golfe, les sites côtiers néolithiques ont rarement fait l’objet de fouilles archéologiques. Afin de connaître l’extension du site d’Akab et sa stratigraphie, des sondages ont donc été réalisés en 2002 par une équipe de la Mission archéologique française aux E.A.U. Des fouilles de plus grande ampleur ont été menées à partir de 2006, mettant au jour un habitat bien stratifié daté du Ve millénaire (Fig. 3).

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Fig. 3. Vue de la fouille des Secteurs 1 et 2, habitat d’Akab, 2007. © T. Sagory et Mission archéologique française aux E.A.U.

Scellés par un épais dépôt de sable éolien, les niveaux d’occupation se présentent à Akab comme une succession de sols matérialisés par des épandages de coquilles, de squelettes de poissons (Fig. 4) et de crustacés (Fig. 5), de matériaux brûlés ou piétinés, mais aussi d’espaces vides.

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Fig. 4. Squelette dont la tête a été tranchée lors de sa préparation, habitat d’Akab, 2007. Copyright Mission archéologique française aux E.A.U. © Mission archéologique française aux E.A.U.
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Fig. 5. Epandage de pinces de crabes, jetées par paires, habitat d’Akab, 2007. © Mission archéologique française aux E.A.U.

Akab s’est avéré, avec Dalma, le seul site néolithique de cette partie du Golfe ayant livré une architecture de poteaux porteurs. En 2008, des vestiges de deux structures d’habitation circulaires ont été découverts sur le site dans les niveaux d’occupation. Mais c’est à la base des horizons archéologiques, dans le sable stérile, que les vestiges d’anciennes structures d’habitat sont les mieux visibles : près de 300 d’entre eux ont ainsi été fouillés sur une surface de 60 m2 depuis 2006 (Fig. 6). Cette forte densité de trous de poteaux témoigne de l’importance et la récurrence de l’implantation de structures d’habitat successives dans cette zone du site. La fouille d’Akab prouve aussi que les amas coquilliers néolithiques des E.A.U. sont des ensembles stratifiés et structurés, dont la fouille exige des méthodes spécifiques.

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Fig. 6. Dégagement des trous de poteaux dans les secteurs 1 et 2, habitat d’Akab, 2007. © Mission archéologique française aux E.A.U.

Les pêcheurs d’Akab élevaient chèvres, moutons, vaches et chiens, et ces populations nomades chassaient aussi la gazelle. Des os de dugong sont présents, bien qu’en en petite quantité dans l’ensemble des niveaux archéologiques, mais la tortue verte (Chelonia mydas) y est exceptionnelle. Très bien conservés, les vestiges de poissons sont particulièrement nombreux et les squelettes sans tête retrouvés dans le site indiquent leur préparation systématique (Fig. 5). Carangues, mérous et poissons-chats ou et requins, la pêche se faisait le plus souvent dans les eaux peu profondes de la lagune. Le thon, bien attesté sur le site, se pêchait quant à lui en haute mer : Akab est donc, avec Dalma au large d’Abu Dhabi, un des rares habitats du Golfe témoignant d’expéditions de pêche en haute mer dès 4700 avant notre ère. L’outillage de pêche comprend des hameçons en coquille, fabriqués sur le site, et des poids en filet : on pratiquait donc à Akab la pêche à la ligne et au filet.

D’autres outillages en pierre, en os ou en coquille marine sont associés aux activités domestiques et artisanales, notamment des poinçons en os et de grands coquillages (Callista erycina et Amiantis umbonella) servant de racloirs ou de couteaux (Fig. 7).
Témoin d’échanges lointains, la céramique mésopotamienne de période Obeid 3-4 est représentée sur le site d’Akab.

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Fig. 7. Couteau en coquille, habitat d’Akab, 2007. © Mission archéologique française aux E.A.U.

La parure est très riche dans l’habitat d’Akab, les perles constituant la majorité du mobilier découvert. Dix-sept perles fines, non perforées, mais ayant encore leur orient (Fg. 8), viennent d’un même horizon du site, et s’ajoutent à celle découverte à Akab en 2007 : ce sont les plus anciennes jamais trouvées dans un habitat d’Arabie orientale (Fig. 8).

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Fig. 8. Perle en fine, habitat d’Akab, 2006. © Mission archéologique française aux E.A.U.

Très caractéristiques du site d’Akab, de longues perles en coquille aux modes de fixation très originaux (double perforation distale coudée, ou sur biseau) proviennent elles aussi de l’habitat. Elles étaient fabriquées dans la columelle d’un coquillage, le murex, ou dans une roche tendre, la chlorite, dont l’origine est exogène aux rivages du Golfe (Fig. 9).

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Fig. 9. Perles tubulaires d’Akab, en columelle de murex et en roche tendre. © Mission archéologique française aux E.A.U.

Les parures en Conus sp. Ancilla sp. Engina mendicaria et dentalium sp. sont également bien représentées sur le site, mais les plus nombreuses sont les perles en spondyle. Des centaines de perles de ce type ont en effet été retrouvées en cours de fabrication sur les sols d’habitat d’Akab, sous forme de petites concentrations parfois associées à des outils en silex (Fig. 10). Ces vestiges d’ateliers ont été découverts dans tous les niveaux du site, et cette découverte montre que certains sites du Golfe pouvaient être dès le Ve millénaire spécialisés dans la production de certains objets artisanaux.

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Fig. 10. Vestiges d’ateliers de fabrication de perles en spondyle, habitat d’Akab, 2006. © Mission archéologique française aux E.A.U.

Membres de l’équipe Akab - hiver 2007-2008

G. Basset, SRA-Champagne-Ardennes, archéologue et, anthropologue
M. Beech ADACH-Abou Dhab, étude de la faune
A. Berthelot, Doctorant Université de Paris 1-Sorbonne, archéologue
O. Brunet, Doctorant Université de Paris 1-Sorbonne, archéologue
V. Charpentier, Inrap, UMR7041, archéologue, co-responsable de l’opération Akab
G. Devilder, UMR 5133, dessinateur
R. Douaud, MSH Nanterre, dessinateur
S. Frazer, doctorante Université d’Edinburg, fauniste
D. Gasparini, archéologue contractuelle
D. Gooney, archéologue contractuelle, archéologue et fauniste
K. Loyer, archéologue indépendante
S. Méry, CNRS, UMR7041, archéologue, co-responsable de l’opération Akab depuis 2007
T. Sagory, photographe contractuel
R. Touquet, topographe contractuel

Institutions concernées
UMR7041-ArScan, CNRS, Nanterre
UMR 5133-ArchéOrient, CNRS, Lyon
Inrap, Paris
Université d’Edinburg, Royaume-Uni

MASAFI DANS L’EMIRAT DE FUJAIRAH
(communication de A. Benoist du CNRS)

L’opération Masafi est l’un des trois volets du programme de recherches de la Mission Archéologique Française aux Emirats Arabes Unis auprès du Ministère des Affaires Etrangères. Cette opération est réalisée en collaboration avec le Département des Antiquités de Fujairah, qui finance une partie des travaux.

A Masafi, l’objectif de la Mission française est d’étudier l’organisation et l’évolution de territoires occupés pendant l’Age du Fer (1er millénaire av. J.-C.) dans des milieux encore peu explorés, afin de mettre en valeur des stratégies d’adaptation originales et mesurer leurs conséquences sur l’évolution ultérieure de ces sociétés.

La région de Masafi représente à la fois un milieu propice à l’implantation humaine et une situation de carrefour stratégique dans les réseaux d’échanges régionaux. L’oasis est alimentée en eau par des sources artésiennes. Le minerai de cuivre et la pierre tendre, ressources de haute valeur, exploitées et commercialisées le long du Golfe persique vers Bahrein, l’Iran et la Mésopotamie abondent à proximité. Par une large passe à l’ouest, la région de Masafi est reliée au Piémont occidental où s’échelonnaient des oasis parfois assez vastes (al Aïn, al Madam), foyers de peuplement et d’activités agricoles, artisanales et commerciales, où transitaient des caravanes. A l’est, les passes des wadis Ham et Abadilah la rattachaient à la côte orientale, verte et densément peuplée, ouverte sur la mer d’Oman.

Un site de l’Age du Fer (Masafi-1) avait été découvert par Anne Benoist et son équipe dans le village de Masafi au cours d’une précédente campagne, et un sondage-test, pratiqué en 2006, avait révélé la présence d’un bâtiment qui semblait important. Une campagne de fouilles a eu lieu en novembre et décembre 2007 afin d’étendre les fouilles sur le site et d’explorer plus avant les environs.

Les fouilles réalisées durant notre dernière campagne ont permis à Masafi-1 de dégager les vestiges de deux bâtiments successifs, l’un en briques crues (Fig. 1), l’autre en pierres (Fig. 2). Il sont tous deux implantés dans la vallée, en bordure des zones cultivables.

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Fig. 1. Masafi 1 : plan du bâtiment en briques crues du niveau inférieur. © Mission archéologique française aux E.A.U.

Tous deux comprennent une grande salle munie de bases de piliers qui apparaît comme un lieu de réunions publiques et de manifestations officielles (Fig. 6). Le mobilier recueilli dans cette salle comprend des récipients à bec ponté, des bols et des brûle encens, certains décorés de serpents en relief (Fig. 3).
Un mobilier comparable se rencontre dans des bâtiments munis d’une grande salle à piliers connus sur d’autres sites de l’Age du Fer de la région (Rumeilah, Bida bint Sa’ud, Muwailah), qui ont été interprétés comme des bâtiments administratifs qui jouaient un rôle fondamental dans le contrôle et la redistribution des ressources de la communauté.
Les deux bâtiments de Masafi I pourraient avoir eu une fonction comparable.
Un sondage effectué à proximité des bâtiments dans une ferme appartenant à Sheikh Hamad a révélé une structure imposante, limitée par un mur en pierres de 1,70 m de large (Fig. 4), laquelle a livré un mobilier comprenant également des représentations de serpents. Le symbole du serpent, omniprésent sur les sites cultuels de la région durant l’Age du Fer (al Qusais, Bithnah, Salut), est un symbole de fertilité et de magie en relation avec la terre et les eaux souterraines.

La prospection des alentours a permis de découvrir un second site de l’Age du Fer implanté sur une colline rocheuse à environ 500 m à l’ouest du précédent. Ce second site (Masafi-2) apparaît comme un village fortifié comprenant plusieurs habitations en pierres, entourées d’un mur d’enceinte qui rejoignait le sommet de la colline (Fig. 5) où des vestiges de bâtiments (bastions) ont également été découverts. Des fouilles sont prévues au cours d’une prochaine campagne afin de préciser la nature et le mode d’occupation de cet habitat.

Membres de l’équipe Masafi - hiver 2007-2008
A.Benoist, CNRS, UMR 5133, archéologue, responsable de l’opération Masafi
V. Bernard, archéologue-topographe contractuel
O. Brunet, doctorant Université de Paris 1-Sorbonne
A. Hamel, doctorant Université de Paris 1-Sorbonne
A. Ploquin, CRPG, paléo-métallurgiste
T. Sagory, photographe contractuel
M. Skorupka, doctorant Université de Paris 1-Sorbonne

Institutions concernées
UMR 5133-ArchéOrient, CNRS, Lyon
UMR 7041-ArScan, CNRS, Nanterre
Centre de Recherches Pétrographiques et géochimiques, Nancy
Muséum d’Histoire Naturelle, Paris

publié le 06/10/2009

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