Le Ministre de la Culture et de la Communication, M. Frédéric Mitterrand, a effectué une visite de deux jours du 29 au 31 mai aux Emirats Arabes Unis, au cours de laquelle il a pu visiter le site du musée du Louvre d’Abou Dabi et l’Université Sorbonne-Abou Dabi. M. Mitterrand, qui s’est entretenu avec des hauts responsables émiriens, a qualifié le partenariat franco-émirien de modèle de rayonnement culturel.
A l’occasion d’une soirée organisée en l’honneur de M. Frédéric Mitterrand par l’ambassadeur de France auprès des EAU, M. Alain Azouaou, le ministre a prononcé un discours dans lequel il a affirmé l’importance de la coopération culturelle et artistique entre les EAU et la France, qualifiant le partenariat franco-émirien de modèle de rayonnement culturel.
Discours du Ministre :
Autrefois, dans la langue française, « visionnaire » voulait dire « fou » : un « visionnaire », c’était quelqu’un qui extravaguait, qui délirait, qui avait « des visions ». Depuis, le sens du mot s’est transformé ; avec RIMBAUD notamment, ce « voyant » par excellence, mais aussi ce génie du désert, nous avons compris que la « vision » faisait partie de notre faculté de saisir le réel et d’apercevoir l’avenir, ou plutôt de l’inventer. Alors, si quelqu’un avait dit, il y a seulement dix ans, que le Louvre et la Sorbonne allaient essaimer à plusieurs milliers de kilomètres de Paris, on l’aurait pris, au mieux, pour un « plaisantin »… Et pourtant, aujourd’hui, pour se donner rendez-vous à la Sorbonne, demain au Louvre, quelques précisions deviennent nécessaires pour éviter quelques fâcheux petits malentendus géographiques… C’est qu’entretemps, il y a eu des « visionnaires » – au sens contemporain du terme – des hommes et des femmes qui ont su rêver les possibles, et surtout avoir la patience et la passion de les réaliser, de leur donner corps. Je suis très heureux de me trouver aujourd’hui parmi vous, dans un pays qui a su, d’une manière à bien des égards unique au monde, relever avec succès ce défi de l’utopie. J’avais eu la chance de faire la connaissance d’Abu Dhabi et d’Al Ain il y a quelques années, et j’ai pu constater, tout au long de cette première journée de visite, à quel point les Emirats arabes unis s’étaient métamorphosés, mais aussi combien ses valeurs fondatrices, celles de Cheikh Zayed bin Sultan AL NAHYAN, demeuraient vivantes : je pense au respect des valeurs traditionnelles, je pense à la tolérance, à l’importance de l’éducation et du bien-être collectif, à l’ouverture au monde et aux Autres. Les Emirats arabes unis et la France jouissent d’une amitié solide, qui remonte aux premières années de l’indépendance de votre pays. Son père fondateur, ainsi que son successeur Cheikh Khalifa bin Zayed Al Nahyan et le Prince héritier Cheikh Mohamed bin Zayed Al Nahyan, ont su tisser, avec les différents Présidents de la République français, des liens de confiance et de coopération très étroits. Cette coopération s’est encore intensifiée depuis quelques années et elle s’est cristallisée en deux projets visionnaires, avec cette implantation de deux institutions culturelles françaises de tout premier rang, dans une région où la France ne bénéficiait pas d’une influence historique ancienne. Les partenariats que nous ont proposés les Emirats arabes unis forment les modèles d’un nouveau type de rayonnement culturel, associant des actions de coopération et d’échange à l’implantation d’une marque de prestige dans un pays situé hors de l’hexagone. En se rendant à deux reprises à ABOU DHABI – la seconde en mai 2009, pour poser la première pierre du nouveau Louvre – le Président Nicolas SARKOZY a manifesté l’importance toute particulière qu’il portait à ces projets, et plus profondément aux relations nouvelles que la France est en train de nouer avec les Emirats arabes unis. Demain, d’autres projets devraient naître, et je pense notamment à ce Centre pour la musique du monde de l’Islam qui devrait être créé à AL AIN et auquel je souhaite apporter mon soutien. Les Emirats arabes unis consacrent également des efforts remarquables à d’autres aspects de la culture : la Foire « Abu Dhabi Art » est devenue, en trois ans, l’une des premières foires internationales d’art contemporain d’un genre nouveau, reflétant les profondes mutations géographiques du monde artistique ; le Salon du Livre d’Abu Dhabi est aujourd’hui le principal salon professionnel du monde arabe ; et les autorités s’attachent résolument, de concert avec l’UNESCO, à valoriser le patrimoine matériel et immatériel de l’Humanité. Dans tous ces projets, la France apporte un savoir-faire reconnu et apprécié, à travers ses experts, ses auteurs, ses artistes, que nous devons continuer à faire mieux connaître aux Emirats. Je pense à la Comédie-Française, qui pourrait demain présenter ici une pièce de MOLIÈRE à l’occasion d’une tournée dans le monde arabe, ou encore à l’idée de faire venir le magnifique spectacle de la compagnie ROYAL DE LUXE, qui se produit dans le monde entier. Je souhaite bien entendu que cette relation culturelle si forte se développe dans les deux sens, et que la France accueille plus régulièrement la culture des Emirats, tant traditionnelle que contemporaine, notamment dans les domaines de la danse et de la musique. Je voudrais que nos deux pays s’associent plus étroitement encore pour porter ensemble de nouveaux projets, en particulier en matière d’art contemporain, de cinéma d’auteur arabe ou encore de jeux vidéo. Pour l’heure, cependant, nous en sommes avant tout à l’étape décisive franchie par le Musée universel du Louvre Abou Dhabi, qui ouvrira ses portes dans trois ans et incarnera « quelque chose de nouveau sous le soleil », à savoir : la réalisation d’une utopie culturelle visionnaire et partagée. Je vous remercie.
M. Mitterrand a également remis les insignes de commandeur de l’ordre des arts et lettres, à Cheikh Sultan Bin Tahnoon Al Nahyan et les insignes de chevalier de l’ordre des arts et lettres à Mme Rita Aoun, directrice du département de la culture à TDIC ainsi qu’à Mme Hoda Kanoo, fondatrice de l’Institution d’Abou Dabi pour les Arts et la Culture.